Club Auvergne Papier-Monnaie Chamalières
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CLUB AUVERGNE PAPIER-MONNAIE CHAMALIERES

Chaque mois, la Banque de France approvisionnait les succursales suivant les besoins en billets. C’est ainsi qu’en février 1944 devait être expédiée une cargaison (12 milliards de francs environ) à destination de Paris pour les antennes de Corbeil, Melun, Meaux, Pontoise et Rambouillet. Pour cela, l’Imprimerie de Chamalières demande à la SNCF la mise à disposition de 2 wagons (type marchandises).Le chargement s’effectuera, non pas sur l’aire destinée aux voyageurs, mais à la gare des marchandises située à 200/300mètres. Transportons-nous le 9 février 1944 (et non le 6 févier, un dimanche, comme indiqué par certains auteurs).

Les camions de la Caisse Générale transportent en gare de Clermont-Ferrand 700 sacs contenant des billets neufs (mais non émis car non rentrés dans le compte « Billets en émission » : ce détail a de l’importance pour la suite de cette histoire).

COMPOSITION DES SACS

700 sacs au total contenant des billets de 1000 F DÉMÉTER et de 20 F PÊCHEUR, soit un total annoncé de 12 760 000 000 de francs. (1 sac = 25 000 billets, soit un alphabet complet).

NOTA : il n’est mentionné nulle part, le type de billet pour les 20 francs mais il ne peut s’agir que du 20 F Pêcheur.

LE HOLD-UP

Dans l’après-midi de ce 9 février 1944, les camions de la Caisse Générale transportent en gare les 700 sacs. Le chargement des 2 wagons est terminé vers 17 heures. Il est surveillé par 6 convoyeurs de la Banque de France non armés. A 18 h, 3 d’entre eux quittent leur poste pour aller dîner, laissant les 3 autres en surveillance.

NOTA : à ce moment-là, on peut se poser la question de l’efficacité de la surveillance : 3 hommes, non armés, pour « défendre » 12 milliards de francs en billets de Banque et sans présence policière.

Vers 19 h (18 h 55 précisément), nous sommes en hiver et il fait nuit noire, une camionnette et une traction avant pénètrent dans la gare. 10 à 15 hommes (en réalité 13) mitraillettes en mains, prennent les 3 convoyeurs en otage, les fouillent et les alignent contre le train avec semble-t-il 2 ou 3 Agents de la SNCF là par hasard. Le dialogue entre le chef des agresseurs et les convoyeurs est bref. Il s’adresse au chef BDF (un agent du Contrôle Général) : « Où sont les autres ? » « Ils sont allés dîner ». « Avez-vous des armes ? » « Non ». « Nous sommes des réfractaires (FTP : Francs Tireurs Partisans) nous ne vous ferons aucun mal ».

Il n’a pas fallu plus de 10 minutes pour que 40 sacs de 1000 F DÉMÉTER et 3 sacs de billets de 20 F PÊCHEUR plus 247 billets de ce type arrachés d’un sac qu’ils avaient éventré changent de main, leur camionnette étant stationnée au pied des wagons.

NOTA : le chef des agresseurs avant demandé à haute voix de rechercher les billets de 1000 F (on comprend pourquoi) et spécialement les lettres W. Ce dernier ordre ne semble pas réalisable en si peu de temps.

Dès le départ de la camionnette, la BDF est alertée. Il s’ensuivra une enquête de police qui aura des conséquences tragiques. Le 14 février, lors d’un contrôle ciblé dans un bar de Montferrand, 2 inspecteurs de la police seront abattus. Les 2 tireurs seront jugés le 18 février et fusillés. Ce même jour, 8 hommes seront appréhendés. Tout ce petit monde est maintenant sous les verrous, avec les complices qui les ont aidés et hébergés.

OÙ SONT PASSÉS LES BILLETS ? ?

Pas bien loin de Clermont-Ferrand (caches à Clermont, Riom, Gerzat), mais la police se heurte au mutisme de la population par peur de représailles. Les caches retrouvées sont vides. La police détermine que sur le milliard dérobé seuls 750 millions sont parvenus à la Résistance. Devant cette « évasion » de 250 millions dans la nature, la BDF songe à retirer toutes les coupures de 1000 F DÉMÉTER, mais cette opération est abandonnée car elle risquait de nuire à la confiance attachée aux billets de banque.

Peu à peu, de ces coupures volées réapparaissent à travers la France : Paris, Arras, Bayonne. Il faut donc agir officiellement pour avertir le public.

Le 30 mars, le Ministère des Finances, dans un communiqué, indique que les coupures volées ne sont pas valables, ce qui ne souhaitait pas la BDF. Le Gouverneur de l’Institution demande et OBTIENT que : « Les porteurs de bonne foi soient indemnisés de la perte qui leur infligée ». Cette mesure concerne les Alphabets 7755 à 7828 (voir l’avis)

NOTA : cette disposition est diplomatique et ne correspond pas aux dispositions légales. En effet, ces billets neufs dérobés AVANT leur émission car non entrés dans les comptes doivent être considérés SANS VALEUR et, par voie de conséquence, non remboursables.

Entre le hold-up et l’échange des billets de juin 1945, moins de 10 000 billets ont été remboursés. Certainement que des personnes « de mauvaise foi » ont préféré ne pas présenter leurs billets au remboursement.

ÉPILOGUE

Après ce hold-up, la BDF stoppera la fabrication des 1000 F DÉMÉTER et reprendra l’émission du 1000 F COMMERCE ET INDUSTRIE interrompue en 1941. Ce billet n’aura pas plus de chance car il semble qu’il sera lui aussi victime d’un hold-up en juillet 1944 à NEUVIC (2 milliards de francs).

Dans ces périodes troublées de notre Histoire, beaucoup d’autres évènements perturberont la circulation des billets de la BDF (prélèvements allemands, prélèvements FFI, coup de mains du maquis, etc…) avec des pratiques propres aux périodes de guerre. Cependant, c’est la première fois, que la Banque de France remboursa un billet déclaré sans valeur. En regardant le billet H.7788 n° 858 du 19 août 1943 (7 billets sont actuellement recensés), pensez que la BDF a gagné 1000 F en ne le remboursant pas et a permis de faire le bonheur d’un collectionneur avec ce billet historique.

Yves JEREMIE

Bibliographie

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